Twitteroman collectif et interactif sans E (5)


CHAPITRE 5-
Trio quatuor (Semaine du 3 au 10 avril 2011)

Il y a huit ans, Nicolas faisait film sur film, monnayant son instinct, cumulant moult prix. Un jour, il croisa Yorik. Il trouva l’individu plaisant car il racontait tout d’un ton rigolo: faits, hasards, combats. Il avait 30 ans, un port royal, un look aguichant: il lui a plu aussitôt. Mais aujourd’hui, Yorik voulait-il d’un parfait Don Juan qui risquait d’obscurcir l’union du trio?

Nicolas avait un aplomb adamantin qui lui avait plu. Il symbolisait la part yang, Yorik la part yin. Jadis Yorik avait pris appui sur un faux moi dissimulant ainsi la fraction à punir ou à fuir. Amoral parfois, il savait ravir un hug ambigu. Son  faux moi lui avait  nui, du moins à l’occasion, car  il niait  son intuition. Aujourd’hui, il voyait son parcours plus ardu mais aussi plus satisfaisant.

« Au travail! Choisissons un script commun », avança  Nicolas oubliant Yorik. «Un script tout fait ou un script construit par nous?» ajouta-t-il. « Oui, faisons un script scrutant l’obscur dans l’amour humain sans approfondir ni la mort ni la confusion. Un script à tâtons. Faisons ça. Tout à fait.» lui dit Yorik compatissant.

Durant trois jours, chacun narra tour à tour : chocs, assauts, contacts  mutins tout autant qu’un rapport constant à l‘insoumis, au fortuit,  à la  divagation, à la confrontation, à l’agitation du moi.   Un synopsis sans compromis finit par jaillir, coalition d’instants furtifs s’immortalisant sur l’ordi. «Bon, qui fait quoi? Organisons-nous, allons-y! Il nous faut auparavant avoir la confirmation par David qu’il souscrit au manuscrit.» David donna son aval, ravi  d’avoir  un pouvoir aussi important. Nicolas avait, on l’aura compris, pour mandat l’optimisation du contrat.

Amorçant un plan d’action, Lora sortit un as, David ancra un us, mais Yorik trouva un os. Yorik vit la fin du trio dans la conclusion du synopsis. Nicolas allait assouvir sa passion. Il prit David à part, mais ignorait l’attraction sans fin du trio construit sur la passion, l’aspiration, la consolation. Imbu, il croyait pouvoir saisir l’occasion d’accomplir un forfait. Nicolas voulait son
film mais aussi abolir du coup l’amour fou du trio. David  l’ignora; Yorik aussi. Distrait  ou contraint, Nicolas n’insista pas. Il fallait agir sans faillir. D’abord confus ou complaisant,  chacun  montra son moi conciliant  ou accommodant. Un film pas mal du tout naquit ainsi à San Francisco, affabulation à la Jodorowsky. On assortirait plus tard tout ça à un «plagiat par anticipation».

Lora chantait, dans son pot courtaud, l’alcool nous attirait… attirait, mais poussait un trio quatuor au fond du baril, un baril sans fond. Un mois plus tard, au bilan : film sorti, Nicolas  à Hollywood, mais sous, sous, sous à  foison pour toi, pour moi, pour nous ! Fantasmons, amusons-nous, scrutons l’inconnu jusqu’au fond. Optons pour un hasard voulu, pour l’invasion du connu, parcourons un raccourci pour l’infini. Alcool, sons musicaux, un joint par-ci par-là, tout  confinait David-Lora-Yorik dans l’illusion, la fiction, l’imagination.

Au comptoir, Lora attirait toujours David (ou Yorik?) dans l’infini puits sans fond du baril qui aspirait Yorik (ou David ?). Tout un fabliau pour un roi aussi fou! Par avion ou par train, il fallait sortir du pays. Il fallait partir au chaud. Lora s’irritait, trop d’alcool, trop d’illusions, oui partir mais où? Au Colorado, pour voir la Stupa Dharmakaya? À Cuba pour agir un bon vouloir ou s’offrir un brillant Apollon? Donc l’avion pour Cuba ou train pour un Colorado fascinant? Plaisir du corps ou travail sur soi? Pourquoi, quand on a du pognon choisir l’alcool, roi fou  à souhait ? Partir sur Pilar pour un pays où sont rois tous nos souhaits? Au Grand Canyon, pourquoi pas? Jusqu’au fond, au bord du Colorado coulant, fond du baril, un trio toucha au fond, puis s’alita, oui s’alita,  imaginant tout ça, s’abîmant, souffrant, noyant son mal sans sortir pour autant d’un magma taxant. Un lit au fond du baril, l’alcool faisait fort mais, bon sang, pas pour trois! Pourtant oui, quand il y a tant d’amour! Fusion à profusion, collusion ou  sauf-conduit pour l’infini?

Simulant un plaisir, s’illusionnant tout autant, Lora sombra au fond, constatant l’amour Yorik-David coulant à profusion. La voix pourtant criait sa solution : « Un trio cuit par l’alcool doit dormir, qu’il soit au fond du Grand Canyon ou à ChicagoLora s’asphyxiait. L’alcool abolit l’amour sain ou rigolo, fruit d’un contact profond, inspirant. Lora scrutait son moi, voulant s’affranchir du carcan immobilisant. La lady du trio avait compris la signification du mot circumambulation. Long parcours, disait Lora, pour saisir qu’un futur poupon grandissait dans sa chair. Un bambin issu d’un amour fou, aux darons histrions. Karma lourd pour un gamin conçu d’un plaisir lancinant. Un flo conçu par la pulsion d’un dard puissant… Yorik ou David? Viril papa ou tonton accommodant? Un garçon qui aurait pour nom Arnaud, gros poupon aux poils blonds, grand, costaud, coquin, rigolo.

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Voici, par ordre d’implication, la liste des personnes qui ont participé à la cocréation de ce cinquième volet du Twitteroman sans E :

@Aurise @georgesgermain @dawoud68 @LiseLePailleur @Forgasm
@marteaudeux @gtouze @JeanDore @nathcouz @sstasse @AndreRoux
Pour participer au prochain volet du Twitteroman sans E, utiliser le croisillon #romansansE
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