Twitteroman collectif et interactif sans E (3)


CHAPITRE 3-
Lora (Semaine du 20 au 27 mars 2011)

Sirotant son porto, Lora savoura un chocolat noir. Un chocolat à 85%, un plaisir fort important surtout aujourd’hui. Un doux parfum d’anis chatouillait l’air ambiant. Lora cogitait. Symbolisant l’incarnation du mal, Lora aimait voir souffrir autrui. La vision d’un instant à la Villa du Cap Martin, là où David s’asphyxiait aux galimatias, la hantait. David, Yorik, rivalisant pour l’avoir, paradant : coqs imbus, machos, virils, duo ni cordial ni doux, mûrs pour un combat final. Corrida, art subtil pour affaiblir son rival, lidia où un picador concourt aux bons coups du matador. Yorik piquant David, David nuisant à Yorik. Qui sortira champion du combat à mort sous la ola? David Macho – Macho Yorik : un match où tout garçon finirait niais, vil, KO. « Quand tout couillon blondira, David-Yorik rugira du Cloclo Magnolias, à jamais », dit Lora au barman, fan d’Audiard.

Flirtant un instant pour un plaisir furtif,  voulant toujours  ravir ou punir tout  humain imbu par son chic ou  par sa distinction, Lora parvint à un oubli approximatif, occultant son soi arrogant. Son iPad à la main, composant un SMS plutôt salaud, l’afficionada du 2.0 s’abandonna à sa soif du talion. Lora douta un court instant. L’occasion inspirait l’humour noir: ouvrir la passion, un marathon, un combat sans survivant. La vamp du piano-bar raconta tout  au garçon : « Yorik & David, candidats à mon amour,  sont  fous, jaloux, rivaux  pour moi! » Pâlissant, il riposta sans agir : Jusqu’où irait sa manipulation ?

Usurpation : Yorik barman tramait incognito un scoop, dont Lora pourrait pâtir… Fallait-il sortir soudain nu du carnaval?  Il n’avait plus son profil d’antan, dissimulant son air amaigri, briguant l’anonymat total,   adoptant un ton aigri par l’Himalaya insatisfaisant. Lora sombrait dans un plaisir subtil imaginant la fin du combat quand soudain… Son vol conclu, Yorik huma l’air avili à Paris. Pouah, choc olfactif pour un humain aussi maladif. Son corps affaibli, il tomba sur un tarmac fort dur. Quittant tarmacadam ou macadam,  il  fuma un joint, avala un coup illico puis  s’impliqua  au bar d’un ami mal pris. Travail fort payant, surtout là, car  il fixa d’abord Lora, puis il osa s’ouvrir à son aura, à son parfum, à sa voix, à sa vibration. Lora insufflait l’opium à son corps, il sombrait, savait là où tout ça allait aboutir … karma ou fixation ?

Il s’avançait, murmurant moult mots troublants, charmants ou touchants. Toujours, il avait bon goût! Fallait-il pour autant abâtardir l’art du conquistador? Soumis ou soudard? « Chivas? whisky? porto? kir? cocktail? soda? bourbon? martini? grog? gin fizz? vodka? pastis? un p’tit blanc? » ânonna-t-il. Lora lui lança : «Tizanio! Prompto!» imitant la star d’un soap rital.

Il fut contraint d’approfondir la notion qui l’avait tant fait souffrir: l’alcool, puits sans fond, divin goulot, où il avait jadis, sans ami, sans Lora, connu l’imparfait abandon. Choir, toujours? Lora doutait : pourquoi dans un bar obscur diffusant la RAI uno un garçon inconnu lui paraissait-il si amical? Ainsi Lora lorgnait un barman fort plaisant, constatant dans sa chair un long frisson labourant sa cicatrisation.  S’ouvrir à l’instant pour assouvir sa soif d’oubli : un contrat stimulant, pourquoi pas ? Minuit sonna. Tout à coup, son travail fini, un Yorik-barman pas mal confus partit abandonnant Lora dans un tourbillon d’inconfort  au goût d’alcool. Il y a du bruit la nuit, surtout à Paris, mais il faut dormir à tout prix.

Où ça? Dans un abribus?! Hourra! la station Stalingrad fonctionnait toujours! Zou! du balai! Tous à Saint-Paul au point du jour! Saint-Paul, faubourg du Marais, lui ado usant son froc au bahut … courir … Imbu d’alcool, soudain goût pour l’art. Ainsi, il vint jouir du Quai d’Orsay : Gauguin, Van Gogh, Klimt, Munch, Vlaminck… Il la vit tout à coup : Olympia, putain offrant sa chair sans tissu, provocant l’opinion sans vacillation. Olympia (1863), portrait-composition fragilisant sa raison, amplifiant  son imagination. Carillon sonnant minuit, air froid vif sur son front, clapotis noir au bas du pont, un saut dans l’horizon? Mourir au Marais? Solution d’Idiot! Plutôt choisir Raskolnikov. Un assassin maudit filant dans la nuit tout passant inconnu… Un Raskolnikov culpabilisant, fou hors du commun, arrogant, s’attaquant à autrui pour un butin approximatif. Actions ou soupçons puisant dans C&C, roman fort connu. Plus tard la condamnation, la salvation, la soumission pour forfaits. Mourir ou non? Assassin ou survivant ? Mort ou vivant ? Disparu ou martyr ?  Flânant plutôt craintif dans Paris, il allait dormir dans un lit connu au Saint-Paul.

Au matin, Yorik prit d’abord sa collation puis voulut voir Lora sans trahison, commotion ou frisson. Suivant son intuition, il alla au Grand Palais voir l’art d’Odilon : fusains ou litho and co adouciront mon chagrin. Sonnant l’hallali, l’art n’y pouvait nada. Contraint aux faux pas, il imaginait toujours sa Gala ranimant son bas instinct. Il magnifiait Gala Dali, car sans sa Lora tout avait l’air fini. Pourtant, Lora jouait, multipliant tant d’occasions d’humiliation sans fin. Bio Gala : Moscou 1894 – bô-papa avocat – sanatorium – Amants-maris : Paul / Max / Salvador Dali (inspiration pour) – 1982 Pubol.  Oublis voulus  d’un humain confus, abattu,  assombri par la trahison d’un ami. David ou Yorik? Lora pour qui? Lora pour tous? Star dans un film conçu par David-Yorick, compagnons moisis? Ô aspiration à soi! Ô goût du clair-obscur! Parfois, choisir un mal diffus, savoir souffrir jusqu’au bout vaut un nirvana ou un paradis. À quoi bon mouvoir sa chair sans raison? La confrontation surgirait à midi : il saurait.

Au bout d’un froid matin, au littoral du jour, il saurait si Lora l’aimait toujours, murmurant la consolation. Midi sonnait. Glas annonçant un rambot qu’il craignait. Il farfinait sur un quai, au bras d’un trac agaçant. Son RV approchait, il mit cap sur un futur fatal, car un instant risquait  d’abolir pour toujours un trio jadis congru.

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Voici, par ordre d’implication, la liste des personnes qui ont participé à la cocréation de ce troisième volet du Twitteroman sans E :

@georgesgermain @Aurise @LiseLePailleur @nathcouz @jmlebaut
@sstasse @AndreeCaroline @JF_Giguere @gleblanc007 @JeanDore @AndreRoux
Pour participer au prochain volet du Twitteroman sans E, utiliser le croisillon #romansansE

 

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