Twitteroman collectif et interactif sans E (2)


CHAPITRE 2- Yorik (Semaine du 13 au 20 mars 2011)

Yorik, vagabond sans foi ni loi, marchait. Insouciant, il marchait, un baluchon cognant son flanc, rythmant son pas, sans savoir qu’un sort s’ourdissait. Un complot, car Lora aux doigts crochus maila : « INVITATION AU BAL DU JARDIN ». Il rit du plaisir promis, lança son bâton… Un bal blanc? Un bal noir? Un bal où plusieurs tissus chatoyants couvriront minois ou corps? Un bal musical? Tout sauf un bal bancal! Du foxtrot ou du swing par un jazz-band d’antan? Ou du rock bondissant pour un vrai corps à corps? Pourquoi pas un slow? Pourquoi pas java, cha-cha-cha ou tango musical, pas à pas, plus ou moins loin d’autrui? Du rap, un truc groovy, rococo, hallucinant… où nos bas instincts s’assouviront sans fin! «Oui, dit Yorik, party!!!»

Au micro : Alain Bashung chantant Bijou Bijou pour adoucir la mort. Oui, Bijou Bijou, incursion dans la fiction. Yorik, connaissant Lora, l’imaginait dansant aux bruits vifs d’un attirail clinquant, son bassin ondulant sur un tango lascif. Cristal, rubis, diamants, or, fards scintillants, tissus chatoyants glissant sur sa chair. Tout pour ravir son moral, provoquant un choc subit dans son froc. Mal, il avait mal, sa libido furibondant pour la plus… la si… la tant… Soupirs… aucun mot pour pourvoir à son adulation. Non! Au bal, il confondrait sa passion, plus jamais un pantin ni un couard, mais Mars ou Pluton ou Apollon ou tous unis pour lui.

Son imagination agit aussitôt,  suscitant moult visions, confusions, contorsions. Catharsis sans fin pour sortir d’autant d’inhibitions. Bal, ballon, vallon, allons là où il faut, au bout du pour-soi, « Là-bas » aurait dit Huysmans. Pour s’accomplir jusqu’au bout, Yorik sait qu’il faut auparavant fournir à son corps l’option d’un plaisir d’abandon hors du commun. Fantasmant tout son soûl, il usa d’un tranquillisant abolissant l’opposition pour s’unir à sa vision. Tout un boucan pour un gars tout nu! Nos os garnis d’un corps vagabond, chaloupant toujours au bal du jardin, dans l’hallucination du chant. Nu, uni à sa passion qui lui disait: «Va là-bas, fais un saut dans l’inconnu». Uni à l’os jusqu’à l’infini.

Ni vu, ni connu, il savoura tout : tantra jusqu’à plus soif ou abandon jusqu’à unir moult paradis. Corps suants. Illusion ou imbroglio jouissif impliquant un bal ou un lupanar? Sans Lora, donc sans amour, il confondrait bal-lupanar : à quoi bon un pays ahuri dans un froufrou sans chair? Pourquoi pas saisir au vol tout cotillon du bal : voix d’un amour qui poudroyait? Pourquoi pas un tourbillon floconnant poudrant son pif? Opium? Poison bio ou truc d’un toxico accro? Un trip plutôt vain, si faux, sans fin, sans solution pour sortir Lora du trou abyssal : l’oubli, la mort…

Tirant sur son joint, Hashischin convaincu, il n’ouït pas un klaxon flicard : woo-woo criard annonçant la prison pour avoir cru aux propos d’un gourou trop charmant. À voir ton mur, t‘as pas d’amis! «Qui sont-ils tous alors?» lui susurra Satan. Murmurant mantras puis sutras, il prit un taxi à l’instant, fixa RV sur FB par iPad, poursuivit sa saga.

By Douglas J. McLaughlin (Own work) [<a href=Vagabond un jour, vagabond toujours, Yorik prit l’avion pour un nirvana au Bhoutan, ni plus ni moins! Il voulait voir loin, il voulait saisir la signification d’un dharma sur un roc surplombant Phobjika où un lama puissant lançait son crachat aux Tintins vagabonds. Attractions : un mont si pur, un matin blanc, un rai d’oubli! Yorik voulait nourrir son inspiration aux 4 attributs du BNB voulant garantir sa satisfaction. Un lama bouddha au grand pouvoir (mais lama animal  dans son incarnation d’avant) lui dit : «ÔM badzrasatwa AUM», invocation à l’incantation combattant la corruption. Himalaya tu iras. Là où tout apparaîtra, où tout luira pour ton futur sans Lora.

Au faît du mont Himalaya planait un albatros albinos aux flancs grisonnants car il y vivait avant qu’un Cro-Magnon naquît. Un albatros montagnard! L’oxymoron conduirait-il au nirvana? Il y avait aussi là-haut  choucas inactifs, condors proactifs, crocus charnus, chardons pointus. Il aurait pu y avoir alligators oisifs, lions fringants… Hallucinait-il, l’air manquant lui coupant la raison? Il soupira : «Grand lama sur l’Himalaya, dis-moi…» Tout à coup, son sang stoppa son sprint jusqu’à son caillou tondu. Il tomba sans bruit. Mais avant, dans un soupir, il dit : «Lama, Ô Lama, dic, dic si abyssus abyssum invocat»

Pourtant, Yorik avait à sa disposition un pouvoir d’invocation par dralas: glorification du lungta. Dralas, Lungta, Dharma, Karma, tout ça oui, mais trop pour lui sur un sol si dur. Un froid glacial prit cours accroissant son inconfort. Il faillit mourir mais un sang gicla, surgit un chant: « au Mont sans souci« , aurait dit Murat, troubadour français magnifiant son Massif à volcans. Dormir ou mourir au Mont Sans Souci, mots d’amour circonscrits d’infini. Vibrations du corps dans un cosmos favorisant la procrastination : mais action ou raison, il fallait choisir, sans plus moisir. Tripatouillant son caillou tondu, Yorik fronça un sourcil. Un choix? Lui, l’idiot, l’abruti, il lui fallait choisir? Zut! Un cri fracassant l’air l’arracha à son travail d’abstraction. Surpris dans son coma, il vit autour un yack fou ruminant sans raison tous nos chagrins sanglants, tous nos chardons poisons. Phobjika mon amour! Qu’avait-il vu dans l’Himalaya? Nada!! Sinon un zoo d’hallucinations.

Un instant, il fixa, hagard, un col au loin puis, suivant un rayon d’or qui s’abaissait du plafond, il prit son bâton. Du col, un bourg lui apparut : la civilisation! Aux abords du bourg, assis sur un tapis, un humain faisait du yoga marmonnant : « RummRumm». Yorik lui dit :«Hola, l’ami… Tu as un nom?» Karam, marmonna-t-il. Un hasard ou la foi qui accroît son taux d’intuition? Il sait, oui il sait : David… David, un avatar, transmigration à l’horizon nominal, chaînon manquant aux vivants ou au morts. Fallait-il du miroir un bris? Toujours confus, Yorik tapa sur son iPad un mot : David! Un robot du 2.0 riposta : David, minus au futur royal, catapulta Goliath. Goliath ou hallucination qui finissait par mourir, car Yorik supportait moins l’absolu du fuir par l’oubli d’amour. Alors il prit un airbus pour Paris-Orly. Dans l’avion, Yorik composa un haïku : « Cumulus si blancs / Font un plafond d’angora : / À quoi bon nos murs? »

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Voici, par ordre d’implication, la liste des personnes qui ont participé à la cocréation de ce deuxième volet du Twitteroman sans E :

@nathcouz @jmlebaut @AndreRoux @Aurise @LiseLePailleur @JeanDore @kiwibruissant @sstasse @georgesgermain
Pour participer au prochain volet du Twitteroman sans E, utiliser le croisillon #romansansE

 

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