Twitteroman collectif et interactif sans E (1)


CHAPITRE 1- David (Semaine du 6 au 13 mars 2011)

Friand d’absolu, il voulut partir au loin pour s’affranchir d’un futur non motivant. Sans calcul aucun, il fracassa d’un coup son miroir aux illusions. Un instant plus tard, il abandonna tout. «Ça suffit!» lui lança David d’un ton tonitruant. Par la foi, il s’immisça dans l’instant, mais sans s’y voir pourtant. Son compagnon l’aida. « Sans toi, ni amour ni paix » lui dit-il. Il contourna pourtant la discussion, il partait. Alors il prit contact pour vrai : un paradis jaillit dans la nuit, sublimant son cri lancinant. Amis d’un jour, amis pour toujours? Il fit son choix : partir loin… Fuir là-bas fuir, aurait dit un fils d’Igitur.

Pour abolir tout hasard, il franchit un corridor d’hallucinations jusqu’à Sri, vision d’un littoral apparu dans sa nuit. David l’accompagna dans sa vision, dans son pari afin qu’il pût accomplir son souhait sans obstruction. Où vas-tu ainsi? Un lourd prix dans ton parcours pour l’oubli d’un amour sans fin. Balayant à grands traits un froid glacial, il lui lança aussitôt: « Pourquoi souris-tu ainsi? » Nous sourions toujours ainsi, surtout si nous voulons un amour s’appuyant sur un grand souci d’aspiration. David n’insista pas. Il soupira, s’adoucit aussitôt puis dormit plutôt ravi jusqu’au matin.

Alors surgit du brouillard un bouffon au rictus imposant. « Hallucination, hors moi » dit-il à l’affût pour sa disparition. À grands cris, s’affolant, sursautant, il imagina tout un roman. Il voulut savoir d’abord pourquoi… Oui, pourquoi un bouffon, iroquois, normand ou zoulou, s’acharnait-il sur son souci d’absolu? Ou plutôt : pourquoi Yorik balbutiant dans un roman d’amour qu’il aurait fallu si rond? Un marchand d’illusions surgissait d’un chaos parfois si lourd, produit par la mort du fils d’un voisin. À quoi bon souffrir d’un surplus d’information? Il fit la paix, jugula la mort, bouscula l’inspiration aux doigts d’azur puis saisit un crayon, croqua dans un album la vision qui hantait son imagination. Du fusain jaillit un portrait aux contours flous. Un cri ou un corps? Munch ou Bacon? In or out? Un portrait? Non, un corps… plus ou moins distinct : un bras, un cou… Non pas ça! Pas la mort qui boit son sang, mais la mort scrutant son chagrin ou s’approchant d’un air narquois. Du fusain noir gicla du sang rubis qui illumina l’horrifiant portrait. « Va au loin », dit David, « mon jour s’inscrira plus tard ».

Tout à coup, son iris fut surpris par un gros point rond mouvant qui fuyait sous sa main. Voilà pourquoi il n’osait plus sortir. Jadis, Yorik avait compris la signification du point qui l’angoissait au maximum. Il scruta un conduit par où sortit un son sourd, lourd, angoissant, osa franchir un trait fictif fait au sol puis s’immobilisa. Du trou noir sortit un cri plus distinct : «David, David, pourquoi as-tu fui si loin, mon amour? Ma voix parcourt maints corridors sans savoir où aboutir… » Saura-t-il un jour affranchir son tympan du bruit assourdissant ou du jargon confus insinuant son intoxication à l’amour fou? « Mon corps corrompu au point du jour fond dans l’oubli, abattu, las, sans horizon. » Ainsi parla la voix. David sourit: Lora! Il avait froid, il avait chaud, il frissonnait. Il s’accrochait… Il n’y croyait plus…Lora, Lora… Mois sans Lora, maison sans Lora, plaisir sans Lora, tant, si confus sans Lora, mais sa voix au bout du couloir sonnait la fin du chagrin. Un souhait si vain pour sortir  d’un carcan ambigu, d’un circuit obscur : Lora ou la fin d’un pouvoir sur lui. Si par la voix d’or surgit Lora, alors il doit sortir, nain fou, d’un amour tu. Ironisons: il faut souffrir dans sa chair pour sortir d’un chagrin improductif ou absorbant.  Il mit trois mois avant d’accomplir son karma. Puis, saisissant un micro, il improvisa un hip-hop, plagiant un air connu, qui disait: « Toi, toi, mon toit, toi, toi, mon tout, mon roi… » Mais il constata qu’il n’avait aucun public pour l’applaudir. « Pourri, nul », soupira-t-il. Ça suffit la minimisation! À partir d’aujourd’hui, il faut plutôt ouvrir ma chair à l’Art, l’Art vif qui fait fi d’où la passion conduit. Jouir parmi moult crobards issus d’imagination sans fin, affranchir mon amour inquilin.

Au matin, David prit un train pour Halifax. Il voulait à tout prix voir du pays. Au Canada, il y aurait, aspiration au blanc, un froid coupant: ô brisons là! Mais il n’y a pas qu’un froid saisissant, il y a surtout du blanc purifiant qui agit au plus profond du soi. Il y a aussi l’horizon clair, l’air frais, un port significatif au loin, un quai pour marins accomplis. Alors allons! Allons là où surgit un pli! Allons au lointain brûlant! Lointain brûlant, mais oui! Là où il avait connu Lora au Sud. Là où un cagnard carmin a fait son habitat loin d’un or blanc, transi. Allons au sud, d’où sont bannis froids glaciaux, saisons du nord, cristaux par milliards. Fuyons au chaud. Au sud, au nord pour fuir quoi? L’amour? La mort? Lora? La transformation du vivant  à s’unir à autrui sans compromis. Halifax ou Paracuru, un oasis glacial ou tropical: illusions? David pouvait-il sortir d’un palais qu’avait bâti la nuit? Palais ou prison? D’abord Halifax pour un tournant crucial, puis Paracuru pour la paix d’un paradis tropical inconnu au Brasil. Mais avant, David doit accomplir un combat abscons, afin d’avoir l’absolution d’Halifax. Un combat vital, subliminal, lui pardonnant à jamais son choix.   À coups d’oublis soignants, dans un parcours du combattant, il vit un choc traumatisant. Il faut sortir du soi pour voir plus clair. Sortir du moi pour pouvoir s’ouvrir aux humains qui sont tantôt originaux, tantôt communs, tantôt attirants, tantôt puants. Oui, il lui faut un fracas, un tsunami, un char d’un pays lointain labourant tout champ du chagrin!

Choisissant d’agir pour vrai, David travailla son plan, fixa son prochain pas. Un plan ça sort parfois du ciboulot pour finir dans l’oubli. Aussi, David nota tout sur son Ipad. D’un doigt, il tapa: A- Pardon aux vivants B- Salutation aux voyants. Illuminations d’Arthur Rimbaud? Alors partir pour Harar? Oui, Rimbaud à Harrar, sol africain aux palais biscornus où  l’on voit tant d’animaux charognards. Oups ! Un R à Harar……pas un duo. Il aurait mis RRRRRRRRR tant il rugit. Harar Jugol, ksar aux fortifications inspirant un mur à bâtir autour du moi. Combat… Pourquoi? Mauvais sang! À quoi bon un chant confus? Il irait à cran, loin du savoir croupissant, pour la saison au paradis ! Ça suffit, ça suffit. Lora, ô ma Lora… Ma solution? Courir jusqu’à toi. Mon moi impuissant, qui a vu l’assaut d’animaux charognards qui provoqua ta mort. Mort-hallucination ou fiction-divagation?

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Voici, par ordre d’implication, la liste des personnes qui ont participé à la cocréation de ce premier volet du Twitteroman sans E, une initiative de @Aurise

@Aurise • @AndreRoux • @Lectrices_City • @•LesMetiers_net @jmlebaut

@LiseLePailleur • @sstase • @nathcouz • @GilbertOlivier • @georgesgermain • @JF_Giguere

Pour participer au prochain volet du Twitteroman sans E, utiliser le croisillon #romansansE

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