Petits poèmes lipogrammatiques (1)*

 


S’ÉGARER
Entraver l’égarement sacré
Et désarmer l’alarmante avancée
En transperçant le hasard déréglé
Appréhender l’absence parallèle
Désagréger la caravane macabre
Sans détecter les élans empêchés
Enchevêtrer arcanes et secrets




S’ÉVADER
S’évader avec éclat
De ce réel enfanté
Relancer en caravane
L’absence et l’extravagance
Escapade céleste en tandem
Des amants égarés.


TRANSCENDANCE

Anges et archanges
Célestes et terrestres
Avancées de tendresse
Attentes à rattraper
Mantras entrelacés
Présence désarmée.



et
DANSER
L’art de s’absenter
De  ce plan terrestre
Présence rebelle ancrée
Ensemble de dérapages
Dans l’effervescence
Et dans l’évanescence.

DÉMENCE
Verser des larmes de tendresse
Se rappeler la terre sacrée
Entrelacer des mantras célèbres
Chercher à réparer le passé
S’amarrer à ses semblables
S’absenter de la démence avenante
S’enchanter des verbes fragmentés
Avec l’étrangeté amère des êtres rebelles.

et


et

EXCÈS
Dangers des jeux cruels
Enfermements et subterfuges
Fulgurance des excès
Suspendre le regard affûté
Naufrage du temps.


S’ASSUMER

Asphalter ses peurs
Relater ses éclats muets
Écarter ses bras emmurés
Dans le dérapage des heures
Tenter de restaurer le futur affamé
Avatar extrême des départs avérés.




VAMP
Revamper cette fleur
Avec des yeux tendres
Se prétendre sans peur
En allant de l’avant
Trépasser en rêvant
De plages parallèles.


UNS

Passagers de la lune
Créer du vague à l’âme
Causer un branle-bas
Se perdre, se chercher
Allumer la flamme
Dans le regard de l’autre
Et ensemble prendre feu.



ENSEMBLE
En ce théâtre du hasard
Se cacher dans une bulle
En tenue d’apparat
Enlacer la démesure
Vécue secrètement
Effleurer le réel dansant
Durant cette heure brève
Embrasement perpétuel
Des yeux frangés de rêves.

TRISTESSE
Expérience  visuelle intuitive
Fluide et finement ciselée
De l’intensité distillée
Sentiment de démesure
Justesse imprécise
Des déchirures suturées
Et du désir supplicié.



SPHÈRE DE VÉRITÉ
Épreuve ultime et fuite éperdue
Recherche d’équilibre
Présumer d’une suite prévisible
Sublimer le hic et nunc.

et

TREMPLIN
Effeuiller le ciel en rituels périlleux
Sublimer cette entente entrevue
Risquer le vide chimérique
Et désirer l’éterniser.



VERTIGE
Tresser en bleu les vertiges muets
D’un silence strident qui pétrifie le ciel
Demeurer en périphérie du mutisme excessif
Inventivité inexpliquée des pensées dissidentes

MUSIQUE
Lumineuse fresque
Sur l’échiquier du réel
Pistes inédites
Et silences décryptés
Vertiges inexpliqués
Recrudescence des rites
Brésil, terre unique
Univers de musique
Fluidité énergétique.

et



NUDITÉ
Des persiennes bleues
Enferment l’intimité
Négligée
Préservent l’intensité
En détresse
Et tentent de redéfinir
L’identité perdue.

et
PARALLÉLISME

De la verticalité induite
Présage de l’impermanence
Désacralisant l’instant présent
Le militantisme a ses limites.


et


ASPHYXIE
Épingler ses regrets
Pétrifiés dans le ciel
Interpréter les signes
Asphyxiant le réel
Arbitrer le silence
Désastres et échecs
Des rêves délités
L’ivresse en tête.


MÉTIS
Dans les Jardins de Métis
Les livres s’entremêlent
Et inventent des dérives
Entre les diverses plages
Des pages millésimées
Énigmes à délivrer.


et

et
IVRESSE

Inventer le chemin
Interpréter les signes
Décliner ses vertiges
Intensifier ses gestes
Incendier le désir
L’infini perceptible.

et
NÉANT
En cette ère d’hypersensibilité
Intensifier la radicalité
Faire disparaître sexe visage et seins
Anéantir les signes distinctifs
En asphyxiant la déesse étranglée.

et

ÉCRIRE
Écrire, c’est résister à la facilité
Écrire, c’est transgresser les règles établies
Écrire, c’est relancer le débat des éléments dicibles
Écrire, c’est vérifier la matérialité de l’impermanence
Écrire, c’est se mettre en danger
Écrire, c’est s’identifier à Icare et s’embraser
Dans les espaces précaires de la littérarité
Écrire, c’est le Nathanaël de Gide expérimentant
Les élans de l’esprit déchaîné.
et

et
ENTORSE

Osmose des mots honorés
Oser encore et encore
Recomposer le réel morose
Éponger le sol jonché d’ombres
Protéger et border les songes.

*Ces petits poèmes oulipiens ont été rédigés sur mon mur Facebook en réaction créative à des images ou à des textes. Les contraintes  bivocaliques (#bivocAE et #bivocEO) et trivocaliques (#trivocAEU, #trivocEIU, #trivocAEI) retenues proviennent  de Lipkae, Lipolys, Lipkao et Lipoyes (les groupes d’écriture   créés et animés par Strofka).
C’est Michel Millerioux qui a proposé la série de photographies les accompagnant. Qu’il en soit vivement  remercié.
Je remercie également André Roux d’avoir assumé la mise en page.

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